Ce célèbre roman post-apocalyptique est considéré comme l’un des chefs-d'œuvre du XXIem siècle. Le récit décrit une humanité qui tente de survivre avec ses acquis, son passé, son histoire dans un contexte de violence et de barbarie. Sur une route indéterminée, un père et son fils avancent vers un avenir...
LirePublié le 1er juillet 2026
Malevil est un des livres cultes de la littérature post-apocalyptique.
On ne sait rien de la Catastrophe (nucléaire certainement), ce qui intéresse l’auteur, c’est l’après: comment quelques individus, dans un univers calciné, fondent une nouvelle société.
Dans ce long roman foisonnant qui relève autant de la robinsonnade que du guide de survie ou du manuel de dynamique de groupe, Robert Merle passe en revue l’ensemble des aspects qui font de l’homme un être social.
Son succès ne s’est jamais démenti et justifie les nombreuses adaptations dont il a fait l’objet.
Édité en 1972 chez Gallimard, Malevil est présent en Poche Folio (n° 1444). Cette édition fait ici référence.
LE CONTEXTE
Le récit se déroule dans un lieu très circonscrit.
Tout se passe entre le château de Malville, sa falaise protectrice, la plaine et les collines environnantes ainsi que dans la petite ville voisine proche, La Roque.
L’Evénement frappe un ensemble d’hommes et de femmes en nombre limité qui tentent de survivre dans cette zone et s’opposent aussi pour la dominer.
Le « feu nucléaire », survenu lors de Pâques 1977, réduit en cendres la contrée. Le groupe restreint de survivants, dont on suit en priorité les aventures, défend ses provisions, son territoire, son avenir et tente de construire une communauté qui demeure « humaine ».
Emmanuel Comte, « Seigneur et Abbé de Malevil » et principal narrateur du récit, décrit en détail, les mille péripéties que rencontrent ceux qui survivent. Il dépeint, dans une remarquable galerie de portraits, les caractères affirmés des uns et des autres, ce qui les lie et ce qui les oppose.
En parallèle, il analyse le groupe qu’il manipule, avec une habileté redoutable même si elle est toujours teintée d’une empathie réelle qui n’occulte pas toutefois un certain machisme.
En contrepoint, l’auteur intercale quelques notes rédigées par Thomas, « l’intellectuel de la bande », susceptibles d’éclairer, de compléter et parfois de contredire les propos de l’omniprésent narrateur.
L’INTRIGUE
Le roman débute par la présentation des acteurs.
En premier, Emmanuel Comte, pivot central de l’histoire, revient sur sa jeunesse, ses problèmes de famille, son accession à la propriété du château de Malevil.
Il décrit les copains d’enfance (membres du « Cercle »), qui constitueront le noyau du groupe des survivants.
Le jour de la Catastrophe, désigné par l’euphémisme « le jour de l’Evénement », ils débattent tous des élections municipales pendant qu’Emmanuel tire du vin, aidé par la vieille Menou et son fils attardé, Momo. Réunis dans la cave profonde du Château et rejoints par Thomas, le jeune ingénieur hébergé sur place, ils sont protégés par des murs de deux mètres d’épaisseur et seront épargnés.
« La fin du monde, ou plutôt, la fin du monde dans lequel nous avions jusque-là vécu, commença de la façon la plus simple et la moins dramatique. L’électricité s’éteignit » (p 85).
S’ensuit le plus effroyable des « fracas, vacarme, tonnerre », accompagné par une chaleur épouvantable (70 degrés) qui met leur vie en péril. Ils se déshabillent et boivent…
Emmanuel comprend qu’ils sont « entourés par un océan de feu où tout ce qui est homme, bête ou plante a été consumé » (p 84). Ils sortent et constatent qu’il n’y a pas de retombées radioactives mais que tout est réduit en cendres : la végétation, la faune, les maisons et leurs habitants.
Si le Château a résisté, c’est parce qu’il est adossé à une imposante falaise.
Les survivants s’y installent, au sein d’une « planète morte ».
« Plus un animal. Plus un oiseau. Plus un insecte. La terre brûlée. Les maisons en cendres (…) Et au milieu de tout cela, une poignée d’hommes « (p 131).
La situation semble commune à toute la France, voire au delà. Le transistor de Momo reste muet… mais il faut bien vivre, et d’autres survivants existent peut-être, abrités dans des souterrains, dans des parkings ou dans le métro.
Les rescapés, au nombre de sept, prennent leurs habitudes : ils nettoient les « traces » de l’Evénement, font le point de leurs réserves et des outils disponibles, gèrent les bêtes, ensemencent une parcelle préservée et construisent même une charrue !
Le soir, devant l’unique cheminée allumée, Emmanuel lit la Bible à voix haute pour distraire le groupe rassemblé. Il a pris implicitement la direction de la petite communauté. Chacun remâche le passé, craint l’avenir où aucune perspective de renouveau ne se dessine.
Soudain, au sein de ces mornes existences… un corbeau apparaît! Et avec lui le danger fait son retour. Un voisin, toujours vivant car protégé par son habitation troglodyte, leur tend un piège. Emmanuel et Thomas sortent vainqueur de l’affrontement, ils tuent l’ennemi et emmène sa famille composée du fils, Jacquet, de la mémé Falvine et surtout de sa petite fille, Miette, jeune femme, muette, importante à leurs yeux car en état de procréer. Ils prennent de plus possession des biens et des victuailles ainsi que du bétail et d’un vigoureux étalon.
L’intégration des nouveaux est progressive mais positive. Miette ne crée aucun conflit puisqu’elle se donne à tous, changeant de partenaire chaque nuit…
Un mois plus tard, se présente au Château Fulbert, prétendu prêtre de la petite ville voisine de La Roque qui compte une vingtaine de survivants.
Une lutte sournoise se développe entre Emmanuel et Fulbert. Celui-ci veut nommer un vicaire à Malevil pour garder ses occupants dans une pratique religieuse stricte. Emmanuel l’emporte et se fait élire abbé de Malevil…
La pluie se met enfin à tomber, le soleil resplendit pour la première fois depuis le jour de l’Evénement.
Ceux de Malevil visitent La Roque et découvrent une situation étrange. Fulbert et ses aides occupent le manoir et détiennent la totalité des vivres, des bêtes, des armes. Les autres habitants sont contraints d’obéir, d’aller à la messe et de faire preuve de docilité. L’importance de la ration alimentaire qui leur est attribuée en dépend.
Emmanuel et son équipe rentrent avec deux résidentes de La Roque, emmenées clandestinement, Catie, sœur de Miette et Évelyne, jeune orpheline de 12 ans.
Une nouvelle vie s’installe. Emmanuel marieThomas et Catie et adopte Évelyne.
En août, la végétation est revenue, les herbes et les jeunes arbustes repoussent. Surgit alors une menace nouvelle effrayante sous la forme d’un groupe de pauvres hères, affamés, retournés à l’âge de pierre. Ils dévorent les jeunes pousses de blé, fruit des premières cultures de Malvil. Momo cherche à les en empêcher et se fait tuer à coups de fourche. En représailles, la « tribu » du Château élimine les pillards.
Le groupe tire les conséquences de ce carnage, les temps nouveaux exigent des réponses définitives, impensables avant l’Evénement :
« L’instinct d’autodéfense » doit « supplanter le respect appris de la vie humaine », et « la communauté, après ses épreuves, se reforme, se referme et se fortifie »(p 435).
Cette situation renforce les hostilités entre Fulbert, élu évêque de La Roque et la seigneurie de Malevil dont les habitants décident de prendre d’assaut le manoir afin d’en destituer le despote. Ils n’en n’ont cependant pas le temps car ils doivent faire face à une nouvelle attaque menée pas une horde de survivants sur- armés. La bande dirigée par un certain Vilmain, a pris le contrôle de La Roque la veille au soir et veut en faire autant avec Malevil.
Le Château renforce ses défenses et se prépare. L’affrontement est total mais passe vite à l’avantage d ́Emmanuel et de ses camarades. Les assaillants sont éliminés.
Fort de son succès, l’abbé de Malville se rend à la Roque pour confondre Fulbert dont la complicité avec Vilmain est indéniable. Devant ces révélations, les habitants du village lynchent le faux curé.
La situation est dorénavant stable. Les deux sites collaborent et se défendent mutuellement contre les attaques de nouveaux pillards, comme le décrit Thomas dans la note finale qui clôt le récit-testament d’Emmanuel.
CONCLUSION
La longue saga de Robert Merle tient plus du roman d’aventure que de la dystopie mais le sujet reste fortement post-apocalyptique. Comment reconstruire une communauté avec des valeurs humaines, lorsque ne demeurent en vie que quelques survivants ?
L’auteur considère que la solution doit être trouvée du côté du « communisme agraire primitif »,« avec des terres, des troupeaux, des réserves de foin et de grain, des compagnons unis comme les doigts de la main, et des femmes qui nous porteront des enfants » (p 400).
Mais en fait, malgré la tenue de nombreuses assemblées délibératives, il s’agit plutôt d’une société de type féodal : une forteresse âprement défendue par des soldats-paysans ou artisans, un seigneur également chef temporel, spirituel et militaire, une distribution stricte des rôles et un respect de l’autorité.
Dans ce contexte, tant que le nombre des femmes est inférieur à celui des hommes, la polygamie est imposée à tous.
L’avenir du monde, dépeint en 1972 par un auteur né en 1908, reste marqué par les valeurs ancestrales et nettement misogynes de la société française, très rurale, de la première moitié du 20e siècle.
L’ensemble confère un charme désuet très particulier à « Malevil », roman-culte toujours lu aujourd’hui.
ADAPTATION
Film
France-RFA / 1980 / 120 min
Avec Michel Serrault, Jacques Dutronc, Jean-Louis Trintignant.
En 1980, Christian de Challonges porte à l’écran, avec la complicité de Pierre Dumayet, une adaptation très libre du célèbre roman de Robert Merle. Malevil imagine la survie d’une poignée de villageois après une catastrophe nucléaire. Réunis autour du personnage incarné par Michel Serrault, les rescapés tentent de reconstruire une société avant de découvrir qu’ils ne sont pas les seuls survivants : une autre communauté, menée par le personnage austère de Jean-Louis Trintignant, s’est également organisée.
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