Dystopie politique sur la guerre des civilisations, le roman de Douglas Kennedy ne laisse guère d'espoir. Ou nos sociétés sombrent dans l'obscurantisme religieux le plus rétrograde, ou elles appliquent la...
LireLE CAMP DES SAINTS | Jean RASPAIL
Publié le 27 aout 2026
Ce livre est la version romanesque de la théorie controversée du Grand Remplacement.
En cela, il inspire la droite réactionnaire et xénophobe depuis 50 ans.
Un roman terrible, épouvantable mais aussi foisonnant, éruptif, provocateur.
Toutefois, plus que ses qualités littéraires, c’est son caractère exemplaire, « révélateur d’une certaine vision du monde » , qui justifie sa présence au sein de la présente recension alors même que tous les ouvrages relevant des mêmes obsessions délétères en sont bannis.
Édité en 1973 chez Robert Laffont, le texte a été réédité plusieurs fois.
En 2011, Robert Laffont publie une nouvelle version, précédée d’une longue préface de l’auteur, « Big Other » et terminée par une annexe signalant les passages susceptibles de poursuites judiciaires !
Cette édition fait ici référence.
Il imagine le débarquement d’un million d’émigrants affamés sur les côtes du sud de l’Europe.
Menacée de submersion, la France, et plus largement l’Occident, ne parviennent pas à réagir.
« Le récit respecte les trois unités, de temps, de lieu et d’action » mais, pour l’auteur, le phénomène d’invasion depuis l’Afrique et l’Asie se déroulera sur de nombreuses années, de manière inéluctable.
À relire son texte, Jean Raspail se réjouit de l’avoir rédigé.
En résumé, » Le pays est envahi. Les autorités ont baissé les bras (…). Le désordre et la confusion règnent. L’anarchie est partout. L’ancienne France n’est plus défendue que par vingt irréductibles ». (p19).
Toujours provocateur, l’auteur reconnaît que « Le camp des saints » serait impubliable depuis le vote des Lois opposées à la discrimination et pour l’égalité.
Il n’a pas de mots assez durs pour dénoncer le métissage, l’abandon de la notion de « français de souche », le rôle des associations « anti-identitaires ».
Il honore à satiété « un peuple européen de race blanche et de culture grecque et latine ». Depuis 2011, le discours n’a pas changé, il est même devenu dominant.
Le roman s’ouvre avec un vieux professeur qui assiste depuis la terrasse de sa villa, au-dessus de la Côte Provençale, à l’arrivée d’une » incroyable flotte rouillée venue de l’autre face de la terre », précédée » d’une épouvantable odeur de latrines » (page 39). L’œil vissé à sa longue-vue, il fait le décompte des navires, une centaine, et calcule le nombre approximatif des envahisseurs affamés, près d’un million.
Le gouvernement tente en vain de réagir. L’armée est mobilisée mais très vite on assiste aux premières désertions. La population locale fuit vers le nord.
Puis, la focale du roman s’élargit, le récit revient en arrière sur les débuts de l’histoire.
On va de New York où les quartiers pauvres s’agitent à Calcutta où l’ambassade belge est assiégée, ainsi qu’aux caves de Paris où les travailleurs noirs des services de nettoiement grondent.
A Calcutta, les vieux paquebots délabrés des ports du Gange sont pris d’assaut.
L’opinion mondiale découvre les 100 navires de la flotte immigrante, les médias suivent leur progression. En France, on est persuadés qu’ils n’atteindront jamais l’Europe…
Les élites politiques, le pouvoir religieux, la majorité de la presse veulent raisonner « en termes de solidarité mondiale » car « ces hommes-là sont aussi mes frères »( p 112).
Donc, c’est l’accueil qui est envisagé. « Réticents ou généreux, nous les accueillerons. A moins de les tuer ou de les parquer dans des camps, nous ne pouvons agir autrement » (p 137).
Les demandes d’aide à la coopération internationale restent sans effet.
Pendant ce temps, la progression est suivie sur des cartes, photographiée par des hélicoptères.
La vie à bord est indigne.
Quand la flotte s’approche de la Méditerranée, la marine égyptienne lui interdit le canal de Suez. « L’Armada de la dernière chance » fait alors route vers le Cap. Certains proposent qu’elle s’arrête en Afrique du Sud,… mais ce pays refuse.
La destination finale est à l’évidence les rives de l’Europe.
Les gouvernements des pays les plus menacés (Espagne, France) s’affolent en secret et envisagent même d’interdire l’accès des côtes.
Mais il est déjà trop tard…
La marine refuse de saborder les bateaux migrants , ainsi présentés :
« La masse, la crasse (…). Le peuple innombrable, l’abîme des misères, l’hallucination de l’horrible, la foire des sexes, le grouillement de la détresse. »(p 213).
Le Vendredi saint, l’Armada franchit le détroit de Gibraltar et s’enfonce en Méditerranée, vers la Côte d’Azur.
Le gouvernement propose un plan pour organiser l’accueil dans les quatre départements côtiers. En conséquence, le sud du pays se vide de ses habitants.
L’armée, envoyée pour combattre le débarquement, se rebelle. Les ouvriers les rejoignent: » Prolétaires, soldats, peuple du Gange. Tous solidaires contre l’oppression « (p 244).
L’anarchie s’installe.
Le dimanche de Pâques, « quatre-vingt-dix étraves s’enfoncèrent sur les plages » (p 260). La Fonction Publique et les Corps constitués de l’État se désagrègent, l’Armée fait défaut: « sur deux cent mille hommes envoyés depuis 60 heures en direction du Midi, vingt mille seulement sont arrivés jusqu’à leurs positions » (p 262).
Le mouvement migratoire s’amplifie partout dans le monde. À Londres, des centaines de milliers de travailleurs du tiers-monde arrivent par les trains. Les Blancs laissent la place, sans bruit. « Peut-être l’odeur un peu acre et nouvelle en incommode-t-elle certains, mais on doit simplement penser que transformés soudain en minorité raciale, ils préfèrent céder le pas de bonne grâce » (p 267).
En France, la situation dégénère, les usines s’arrêtent, les éboueurs et les émigrés investissent les beaux quartiers et squattent les appartements.
Le Président de la République s’adresse à la Nation. Il donne d’abord l’ordre à l’armée de s’opposer par les armes au débarquement puis… pour conclure, indique que chacun demeure libre d’accepter ou de refuser. Rien ne sera donc fait, les soldats déserteront en masse.
Un groupe d’irréductibles se forme: un colonel, un secrétaire d’État, un capitaine, deux dizaines de hussards.
Face à eux, la multitude prend pied sur la rive.
« Le tiers-monde dégoulinait et l’Occident lui servait d’égout » (p 333 ).
Le colonel fait feu mais ses maigres troupes ne le suivent pas. Pour finir, ils sont douze à vouloir s’opposer (« Le camp des saints »). Ils parviennent au village du vieux professeur et s’installent chez lui.
Ils font la chasse aux migrants et assimilés à 10 km à la ronde. Au bout de 3 jours, ils s’enorgueillissent d’en avoir abattu plus de 300…Mais une escadre d’avion de combat met fin à l’aventure, sous les bombes.
La multitude prend possession des villages, des villes, du pays et s’installe pour longtemps, pour toujours.
Après le littoral, cette foule se dirige vers le nord. « Plus tard, les historiens firent de cette migration spontanée une épopée qu’ils baptisèrent: <<la conquête du Nord >> (p 349).
« La France a cédé. L’irrémédiable est accompli. Il reste au monde(…) à l’apprendre à son tour » (p 363).
Une nouvelle gouvernance se met en place: l’Assemblée populaire multiraciale de la Commune de Paris.
Et l’auteur persiste dans ses obsessions: » cinq milliards d’êtres humains, debout sur toute la terre, et qui grondent ! Tandis qu’avec Marcel et Josiane,
sept cents millions de Blancs ferment les yeux et se bouchent les oreilles… »(p 370).
Certains peuvent défendre le style « flamboyant » de l’auteur, par ailleurs récompensé par l’Académie française pour ses autres livres, il n’en reste pas moins que son texte sulfureux est revendiqué par les milieux réactionnaires de nombreux pays comme par les suprémacistes blancs aux États-Unis.
Il est même repris par les militants de la lutte contre l’immigration comme une preuve scientifique…
L’entourage de Donald Trump y fait régulièrement référence, à tel point qu’après une longue absence, le roman a fait, en 2025, l’objet d’une réédition américaine, aussi triomphale qu’inquiétante.
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