AMATKA | Karin TIDBECK

« Une fable totalitaire sur le contrôle social, la peur du changement et la plus insensée des révolutions » (4ème de couverture) - édition de référence

Ce récit se présente comme la description d’un monde construit de toutes pièces dans un univers inconnu et incertain (les habitants « ne savent pas où ils sont »).

Dans cet environnement instable où les choses changent de forme si on ne les nomme pas, si on ne les distingue pas en affichant leur nom sur les objets eux-mêmes (ainsi chaque porte est assortie du terme « porte » inscrit sur la paroi), la structure sociale est figée au sein de règles très rigides.

Le monde habité se réduit à un centre et à cinq colonies distinctes reliées par un train.

Le mode d’organisation évoque les systèmes soviétiques, chinois, voire kolkhozien.

Un comité (soi disant élu) règne sur la population, fixe les affectations professionnelles, impose les loisirs, interdit les lectures, dites subversives, et les pensées déviantes. Les enfants sont élevés à part dans des « Maisons d’enfants ». Soit un univers totalitaire connu et maintes fois décrit.

Bien sûr, un héros rebelle (ici une jeune femme), transférée du Centre à une des colonies pour réaliser une étude de marché, veut comprendre l’état réel du Monde. Avec d’autres réfractaires, elle va explorer le site de la colonie et rejoindre d’autres exclus qui ont choisi de « se donner au monde » en acceptant que leur nature même soit remise en cause.

La révolution est ici radicale, poétique, l’ancien monde s’effondre physiquement et socialement. Le Nouveau monde, totalement différent, est à créer, car

« c’était un chant du faire et du défaire. Ils ne chantaient pas les choses telles qu’elles étaient, mais telles qu’elles pourraient être » (p 218)

Cette dystopie totalitaire est originale dans la description d’un monde instable qui ne survit que par le marquage (chaque chose doit être « marquée » et « nommée » pour demeurer en l’état, sinon elle rejoint l’état originel d’une glu informe).

Si le récit de la révolte est plus convenu – toujours le héros solitaire qui recherche les choses cachées par le Pouvoir Central – la conclusion est à peine suggérée, totalement ouverte et profondément poétique.

D’ailleurs, la « grande prêtresse » de la révolution est une poétesse,

« Quand le soir arrive

         rappelons-nous

         que tout demeure au matin ;

         quand le matin vient

         rappelons-nous :

         « tout est comme hier » (p 69)

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