L'OISEAU D'AMERIQUE | Walter TEVIS

Les citations sont tirées de cette édition.

Ce roman décrit un monde futur postérieur à l’année 2400, dominé par les robots et où la race humaine est en voie de disparition. Il ne reste plus que 19 millions d’habitants sur toute la planète.

C’est au cours du XXI ème siècle que le pétrole avait disparu, que les guerres s’étaient propagées et que les androïdes avaient pris la relève afin de diriger le monde pour le bien des humains.

Les robots assurent la totalité des activités, des plus simples aux plus complexes. Pour cela ils sont plus ou moins sophistiqués, de la classe 1 à la classe 9.

Le roman s’ouvre sur la description du dernier robot de la classe 9 encore « vivant », SPOFFORTH. Depuis cent cinquante ans, il contrôle le monde, avec l’aide des robots des classes inférieures, même si peu à peu nombre d’entre eux fonctionnent mal. Ce robot supérieur fournit des drogues aux humains survivants et les pousse au suicide. En fait, il recherche « les sentiments » de l’inventeur qui l’a créé (mémoire fantôme) et voudrait mettre fin à ses jours de robot mais son programme interne le lui interdit.

« Il s’avança à quelques centimètres de l’extrémité de la plate-forme, puis, sans l’intervention du moindre signal mental, sans désir que cela  fût, ses jambes cessèrent de se mouvoir et, comme toujours, il se retrouva immobilisé au-dessus de la Cinquième Avenue, à un pas de ce choc définitif qu’il appelait de tous ses vœux.(…) Mais son corps, il le savait, ne lui appartenait pas. Il avait été conçu par des êtres humains et seul un être humain pouvait le faire mourir. » (p 22-23)

Il mêle des contraceptifs à l’alimentation des derniers hommes afin que ceux-ci ne puissent enfanter et que la race humaine disparaisse. Puisqu’il ne restera plus d’humains à servir, il pourra lui-même s’effacer de la surface de la terre.

« – Incroyable ! Tu as inondé la terre de contraceptifs parce que tu te sentais d’humeur suicidaire ! Tu effaces l’humanité…

        – Pour pouvoir mourir, oui. (…)

        – Et moi qui te prenais pour une espèce de Dieu !

        – Je ne suis que ce que j’ai été programmé à être. Je ne suis qu’une machine. » (p 336)

Bien sûr, comme dans tous les romans dystopiques, un héros se rebelle.

Ici c’est une jeune femme qui rencontre un homme qu’elle encourage à l’insoumission. Ils ne prennent plus de « valium » et donc plus les contraceptifs qui y étaient joints. Ils retrouvent leur vérité humaine, ils s’aiment et donnent même naissance à un nouveau-né, le seul enfant sur toute la Terre.

Les péripéties se succèdent et le couple redécouvre ce qui fait de l’homme un être vivant : ils s’interrogent, ils apprennent à lire et à écrire, donc à penser et à rechercher les traces du passé.

Ils s’opposent aux machines et passent un accord avec Spofforth, ce dernier met fin au contrôle des naissances et à la distribution de drogues et, en contrepartie, ils lui promettent, quand l’enfant sera né, de l’aider à se suicider.

Le héros positif ici est une héroïne. C’est en effet la jeune rebelle qui « remet le monde en marche » et arrive à convaincre un homme, autrefois docile, à la suivre dans son désir de liberté.

Il faut noter par ailleurs, que le robot ultime, le plus évolué, le plus « humain », est de peau noire ! Cet aspect est souligné plusieurs fois dans le roman, ce n’est pas si fréquent en 1980…

Ouvrage classique, parfois un peu simpliste, L’OISEAU D’AMERIQUE est un bon exemple de dénonciation d’une robotisation extrême. Relativement féministe, il est largement en avance sur les productions de son époque et mérite bien la réédition qui lui a été offerte en 2005 dans la collection Folio SF (n°216), version qui sert de référence à cette présentation.

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