RAVAGE | René BARJAVEL

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Les citations sont tirées de cette édition

Le roman de René Barjavel a été écrit en 1942 pendant la seconde guerre mondiale et fait référence à l’Apocalypse de Saint Jean. Ce texte inspirera de nombreuses œuvres de science-fiction et l’un de ses thèmes fondateurs, la fin du monde tel qu’il est, avant que ne renaisse une nouvelle société.

Dans un premier chapitre, « les temps nouveaux », proche des récits d’anticipation de Jules Verne, l’auteur décrit la vie dans les immenses villes du futur :

« Vingt cinq millions, c’était le chiffre donné par le dernier recensement de la population de la capitale. Le développement de la culture en usine avait ruiné les campagnes, attiré tous les paysans vers les villes qui ne cessaient de croître. (…) Pendant les cinquante dernières années, les   villes avaient débordé de ces limites rondes qu’on leur voit sur les cartes du XXème siècle. Elles s’étaient déformées, étirées le long des voies ferrées, des autostrades, des cours d’eau. Elles avaient fini par se rejoindre et ne formaient plus qu’une seule agglomération » (p 39)

Comme il est fréquent dans ce type de roman, les innovations technologiques s’accumulent dont certaines peuvent être originales. C’est le cas ici avec « le culte des ancêtres » qui consiste à placer les défunts dans une pièce spécifique du logement de leurs descendants.

« Tout appartement confortable comprenait, (…),une pièce qu’on appelait le Conservatoire. Elle était constituée par de double parois de     verre entre lesquelles le vide avait été fait. A l’intérieur de cette pièce régnait un froid de 30°. Les familles y conservaient leurs morts, revêtus de leurs habits préférés, installés, debout ou assis, dans des attitudes familières que le froid perpétuait. » (p 44-45)

Mis à part ces quelques trouvailles, le début du récit est plutôt conventionnel.

C’est ensuite, avec la fin des villes, la mort des hommes, les catastrophes écologiques que l’œuvre trouve son souffle. Tout débute avec la fin de l’électricité et se solde par de gigantesques incendies et la disparition de l’humanité.

Seul un groupe restreint d’hommes et de femmes, dirigé par un héros intraitable, parvient à quitter Paris, à traverser la France et à s’installer en Provence pour créer une nouvelle société.

La défaite de la science et du progrès conduit à la sacralisation du ruralisme, des campagnes et de l’archaïsme. Certains ont vu dans ce texte une ode aux idées de Pétain : la Terre qui ne ment pas, le Chef à suivre aveuglément, le Travail manuel qui seul enrichit, … Dans le nouveau monde reconstruit, les livres sont brûlés,  la science bannie, la polygamie obligatoire. Le Patriarche qui dirige cet univers sectaire, meurt à 127 ans, après avoir engendré 228 enfants (dont 227 mâles) issus de sept femmes différentes. Moïse n’est pas loin.

Cependant Ravage n’est pas réellement une dystopie, c’est plutôt un récit post apocalyptique qui ouvre, pour l’auteur tout au moins, une forme d’utopie idéologique, le « monde selon Vichy ».

Le roman décrit avant tout les ravages de la connaissance et, en ce sens, il peut être considéré comme fondamentalement réactionnaire.

Le chef, vieillard irascible, condamne ainsi les découvertes de son fils forgeron autodidacte :

« Insensé ! crie le vieillard. Le cataclysme qui faillit faire périr le monde est-il déjà si lointain qu’un homme de ton âge ait pu en oublier la leçon ? Ne sais-tu pas, ne vous l’ai-je pas appris à tous, que les hommes se perdirent justement parce qu’ils avaient voulu épargner leur peine ? Ils avaient fabriqué mille et mille et mille sortes de machines. (…) Ils ne savaient plus se servir de leurs mains. (…) Dans leurs cerveaux, toute la connaissance du monde se réduisait à la conduite de ces machines. Quand elles s’arrêtèrent, toutes à la fois, par la volonté du Ciel, les hommes se trouvèrent comme des huîtres arrachées à leurs coquilles. Il ne leur restait qu’à mourir… » (p 272)

On peut considérer que René Barjavel a inspiré certains écrits écologiques qui s’appuient eux aussi sur la dénonciation de la science et prônent le retour à la « vie frugale des champs » et à la rigueur des structures familiales archaïques.

L’édition 2007 de Ravage dans la série « Folio plus classiques » bénéficie d’un dossier analytique proposé par Marianne Chomienne et d’un groupement de textes particulièrement intéressant réuni par Sophie Barthélémy.

On citera notamment, une mise en perspective de ce roman publié sous l’Occupation ainsi qu’une analyse chronologique de la vie de l’auteur et de son temps.

Les extraits proposés proviennent, entre autres, de récits apocalyptiques et dystopiques (La Bible, Malevil de Robert Merle, La journée d’un journaliste américain en 2890 de Jules Verne, Le meilleur des mondes de Aldous Huxley, Farenheit 451 Ray Bradbury, 1984 de George Orwell).

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