SECHERESSE | James Graham BALLARD

Roman apocalyptique peut-être plus que dystopique, Sécheresse, prend comme point de départ la disparition des pluies et donc des fleuves et rivières. Ce grand roman s’inscrit ainsi dans la veine « catastrophe et après ».

La sécheresse mondiale accable l’ensemble du globe, les déserts constituent l’essentiel de la surface terrestre.

« La sécheresse mondiale, désormais dans son cinquième mois, était l’aboutissement d’une série de crises prolongées ayant accablé tout le globe, à un rythme de plus en plus soutenu durant la décennie précédente. Dix ans plus tôt, une pénurie critique de denrées alimentaires s’était produite quand la saison des pluies attendue en un certain nombre d’importantes régions agricoles n’avait pas eu lieu. (…) Les mois suivants n’avaient apporté que quelques centimètres de pluie ; au bout de deux ans, ces terres s’étaient retrouvées totalement dévastées. Nouveaux déserts, elles avaient été abandonnées pour de bon, une fois leur population relocalisée. » (p 49)

        « Sur les eaux territoriales de tous les océans du monde, jusqu’à environ mille cinq cents kilomètres des côtes, reposait une pellicule monomoléculaire mince mais solide, formée d’un complexe de polymères à chaîne longue saturés, générée par les immenses quantités de déchets industriels déversés dans les océans depuis cinquante ans. » (p 50)

L’auteur choisit un microcosme pour situer l’action. Il s’agit d’un village au bord d’un fleuve asséché, dans lequel survivent quelques individus représentatifs : le héros principal, Ransom, médecin désabusé, un idiot congénital et sa mère, un architecte dandy et sa sœur, un ecclésiastique, un jeune homme abandonné, …

Les citations sont tirées de cette édition

Le roman se déroule en trois parties.

  • Le délitement

Alors que l’essentiel de la population a fui le fleuve pour rejoindre la côte, le groupe décrit par J.G. Ballard tente de demeurer sur place. Devant l’impossibilité de trouver de l’eau, cinq membres de la petite communauté restante décident de rejoindre la côte. Ransom mène cette expédition tout en regrettant sa vie passée

  • Le purgatoire

Dix ans plus tard, la côte se révèle invivable. La mer est inaccessible et séparée des terres intérieures par de multiples dunes de sel.

Les plus aguerris attendent les marées les plus hautes pour capturer     l’eau et la mettre à l’abri dans des réservoirs de fortune tout en se nourrissant des poissons saisis à cette occasion. D’autres, dont Ransom, isolés de « la colonie » formée par la majorité des survivants, volent un   peu de l’eau capturée par les dominants et se contentent de quelques produits de cette pêche.

« L’humanité » ou ce qu’il en reste s’est organisée en une structure féodale contestée par quelques proscrits.

Une poignée d’insoumis, menée par Ransom, persuadée que l’eau est revenue dans leur ville de départ (n’ont-ils pas aperçu un lion du zoo qui a survécu?) reprend la route et remonte le lit asséché du fleuve jusqu’à leur point initial.

  • Le dénouement

Le village est occupé par quelques habitants dégénérés qui ont survécu grâce à une réserve d’eau gérée pendant dix ans.

L’idiot règne sur ce monde ruiné, avec trois enfants mutants qu’il a eu avec la femme de l’architecte. Mais la réserve touche à sa fin et le réceptacle qui la contient est détruit.

Face à ce monde retourné à l’état primitif, Ransom décide de remonter encore plus haut le cours du fleuve et de préserver ainsi, seul, son identité d’être civilisé.

Il meurt dans la poussière opaque alors qu’ « un immense linceul d’obscurité reposait sur les dunes. (…) Un peu plus tard, il commença à  pleuvoir, mais Ransom ne s’en rendit pas compte. » (p 298)

J.G. BALLARD décrit avec force « la catastrophe » qui punit le monde et ses habitants. L’événement révèle les faiblesses et les fêlures de ses héros, inhumains pour la plupart. Sauvagerie, régression et perversité règnent dès que le vernis sociétal s’effrite. La nature de l’homme civilisé ne résiste guère face à la destruction des codes, mais aucune autre structure ne se met en place si ce n’est sous une forme tribale ancienne.

La survie chez BALLARD est toujours signe de déshumanisation.

Le roman de « l’après catastrophe » s’éloigne ainsi de la dystopie puisque aucune organisation sociétale n’est proposée.

Dans son ouvrage critique,  Apocalypses sans royaume, politique des fictions de la fin du monde, XXème- XXIème siècles  (Classiques Garnier 2013), Jean-Paul ENGELIBERT analyse avec brio ces romans apocalyptiques.

Il note combien ces œuvres décrivent avec soin et délectation, l’apocalypse, quelle qu’en soit la cause (nucléaire, inondation, sécheresse, épidémie, …) et le retour inévitable des hommes à l’état antérieur d’hominidés. Elles ne proposent pas la peinture d’une nouvelle Cité, d’un nouveau Royaume, fussent-ils le règne de l’Enfer.

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